Une feuille rouge
Avec toutes ses lignes de vie
Chemins de méditation de la vigne

Rouge vif
Comme un haïku
Écrit sur la neige

Près de la petite porte du jardin
Un buisson de pivoines
Explose au nez du printemps

Le cœur de mon poème
Est rouge
Qui le verra ?

Joëlle BRIÈRE

(De rouge et d’encre – Éditions L’ Atelier des Noyers)

Coquelicots
Volent au vent
Souvent vain
De l’existence

Premières fleurs
Refleurissant
Sur le champ
Des batailles
Souvent vaines
De nos existences

Souvent au vent
Éphémères
Contre la dureté du monde
Rouges de nos colères

Souvent fragilité
De nos âmes froissées…

Claire DELBARD

(La bataille des coquelicots – Éditions L’ Atelier des Noyers)

Faire les cent mots
à travers la page
pour rêver d’infini
entre les quatre bords
entre les quatre Nords

Le mot désir
ou bien espoir
ou encore amour
ou bien poésie

Je ne sais entre les lettres duquel me glisser
pendant ce temps je regarde
le jour aller doucement vers le soir

Colette ANDRIOT

(À la recherche du mot perdu – Éditions L’  Atelier des Noyers)

 

Il se mit à courir espérant s’envoler d’un moment à l’autre, mais au bord du ruisseau les pavés étaient humides et ses bras battant l’air n’ont pu le retenir. Dans sa chute il comprit qu’il était plus lourd que son rêve et il aima, depuis, le poids qui l’avait fait tomber.

(La saveur du réel, in Poèmes en prose - )

 

Pierre REVERDY

Au delà du tournant de la route
Il y a peut-être un puits et peut-être un château,
Ou peut-être simplement la route qui continue.
Je ne le sais pas ni ne pose la question,
Et quand je suis sur la route avant le tournant
Je ne regarde que la route avant le tournant
Parce que je ne peux voir que la route avant le tournant.
Cela ne me servirait à rien de regarder au-delà,
Vers ce que je ne vois pas.
Préoccupons nous seulement de l’endroit où nous sommes.
Il y a assez de beauté à être ici et non quelque part ailleurs.
S’il y a quelque chose au-delà du tournant de la route,
Que d’autres s’interrogent sur ce qu’il y’a au-delà du tournant de la route,
C’est bien là ce qu’est la route pour eux.
Si nous devons arriver là -bas, nous le saurons quand nous y arriverons.
Pour l’instant tout ce que nous savons c’est que nous n’y sommes pas.
Ici, il n’y a que la route avant le tournant et avant le tournant,
Il y a la route sans aucun tournant.

Fernando PESSOA

(Extrait de Poèmes jamais assemblés d’Alberto Caeiro. Édition Unes)

"- L'ouïe de l'oie de Louis a ouï.
- Ah oui ? Et qu'a ouï l'ouïe de l'oie de Louis ?
- Elle a ouï ce que toute oie oit.
- Et qu'oit toute oie ?
- Toute oie oit, quand mon chien aboie,
Le soir au fond des bois, toute oie oit "ouah ouah" ."

Raymond DEVOS

Je la devine, je la vois quelquefois, elle se faufile, elle se défile,

toi aussi tu la vois, toi aussi comme moi, tu la connais, je la connais, je la reconnais…

on me l’a présentée dans le passé, présentée, représentée, tout petit déjà, on m’en parlait, son nom est écrit, son nom est écrit là, écrit là, juste là en haut de cette porte, au dessus de cette porte d’école, tu te souviens de cette école…

Il suffirait d’une brise, d’un souffle et je pourrais la frôler, la caresser, la toucher, l’attraper, pourtant la voir me fait peur, me fait tourner la tête,…

un moment, un instant, je voudrais la vivre enfin…

Je n’ai que son nom, son nom, toujours  dans la tête, en tête, comme une ritournelle qui en tête, qui en tête comme un parfum, elle fait perdre la tête, comme le vent, comme un souffle de LIBERTE !!! …

Gilles DUHAUT (novembre 2009)

 

Il y a un chemin
il y a des arbres
il y a un chemin bordé d’arbres

peints sur un carreau

des hêtres ?
non
des chênes ?
non
des ormes ?
non
des peupliers ?
je ne sais pas

Dis-leur

Un oiseau passe
éclair de plumes
dans le courrier du crépuscule…

VA
            VOLE
                                   ET DIS-LEUR

Dis-leur qu’à force d’aimer les hommes
nous avons appris à aimer l’arc-en-ciel
et surtout dis-leur
qu’il nous suffit d’avoir un pays à aimer
qu’il nous suffit d’avoir des contes à raconter
pour ne pas avoir peur de la nuit
qu ’il nous suffit d’avoir un chant d’oiseau 

Ernest PÉPIN

(Babil du songer -  Ibis Rouge Édition)

Témoignage 

un jour
j’ai poussé les portes de l’aube
et je me suis assis
sous une véranda
face à la mer caraïbes
avec pour unique compagne
une petite chaise de paille
que je trompe par moments
que je trompe parfois
les soirs d’averses violentes
quand les lampes
ont cessé leur dialogue
avec une dodine de paille
et les âcres étoiles
d’un rhum de canne

Le tournesol est la fleur du Rom.
Elle le nourrit, elle est la vie.
Et les femmes se parent de lui.
Il a la couleur du soleil.
Enfants, au printemps nous avons mangé ses feuilles
Jaunes délicates et à l’automne ses pépins.
.Il est important pour le Rom.
Plus important que la rose,
Parce que la rose fait pleurer.
Le tournesol, lui, nous fait rire. 

Ceija STOJKA

(Le tournesol est la fleur du Rom – Éditions Bruno Doucey)

Je suis oiseau et au repos,
Les ailes rapprochées,
Je bois l’offrande de la rosée d’une aube,
Loin de tout ce que j’ai su traverser,
Loin de tout ce que j’ai pu envisager,
Je chante, blotti contre le cœur du monde,
La saveur éclatante du présent. 

Anne ROMBY

(Les chemins de Mo – Éditions Astrid Franchet – 2020)

Les saules n’ont
ni raison ni tort quand ils secouent
leurs têtes
C’est une affaire de lumière
Et je vais sans crainte ni but
cheveux fous dans la plaine
dans l’espace exact
entre automne et hiver

Isabel ASÙNSOLO

(Un corps en automne –Éditions Corps Puce)

Le soleil pourpre
aussi brûlant
Mais un vent d’automne vous glace

BASHÔ

(Basshô le fou de poésie – Éditions Albin Michel)

Avant de souffler toutes les bougies du monde

À chaque oiseau, un arbre
À chaque désert, une eau claire
À chaque flocon de neige, une forêt

À chaque homme debout sur terre
une maison, des chaussures et du travail

À toutes les mères
la paix dans le monde

À la planète
du soleil, du vent
des étoiles en pagaille
et des banquises immenses
pour les fesses des pingouins

Pour toi, je ne sais pas
de l’amour par exemple
et des yeux pleins de poèmes
qui viendront courir sur tes lèvres 

C’est le rêve
m’a murmuré le ciel
que fait chaque jour
le cœur de l’enfant qui va naître

Dominique SAMPIERO

(Je rêve le monde assis sur un vieux crocodile- Éditions Rue du monde)

J’ai envie de parler de la rose et du rossignol, d’une belle nuit, d’une belle journée et d’une belle vie, du bonheur et des drames fragiles, faciles et inconsistants…

Que la femme soit belle, que l’homme soit grand et généreux, que l’air autour d’eux soit pur et sans danger, que les eaux soient bleues et tièdes comme les cieux, que la terre soit fleurie sous le pas léger du couple, que le destin lui laisse le temps de voir chaque feuille sur les arbres, chaque insecte sur son brin d’herbe, chaque mouvement du cœur, de la pensée…

Elsa TRIOLET

(Le premier accroc coûte deux cents francs – Éditions Gallimard)

Europe momie fossilisée
dans tes bandelettes
tu réinventes la jungle
aux portes des cités
la jungle où tu encages

ceux d’ailleurs
explorateurs des temps modernes
rescapés des odyssées de l’enfer
survivants des traversées inverses
du Sud vers le Nord

ceux qui s’écrient
s’approchant du rivage
Terre
tes fils te saluent

Olivia ELIAS

(Chaos, traversée – Éditions La Feuille de thé)

Les tournesols des soleils
flamboient au pays
où l’ombre s’étend

la lumière blessée
migre dans les étoiles
laissant des fragments
argentés aux branches
des oliviers

dans le silence mûrit
la conspiration des arbres
et des vieilles pierres

Ma terre ma mère ma moisson
Ma vraie mon unique ma foisonnante,
Je t’aperçois j’avance vers toi
Ensemble nous rejoignons le moment.

Ma braise ma flèche mon iris
Nos vies tissent feu et phénix,
À nous l’assaut et la nuit
À nous l’aube et le cri.

Mon étoile mon amarre mon goéland
Ensemble nous enjambons l’instant,
À nous l’arbre et la soif
À nous la source et le fruit.

Judy PFAU

(Oser encore  - Éditions PO&PSYérès)

Dans le fouillis de vivre
nous ne renonçons pas
à prendre la parole
écrivant une histoire
parfois obèse de nos peurs
parfois enceinte de nos rêves 

Si nous creusons dans la chaleur des mots
c’est pour que nos rêves l’emportent
et posent sur la joue du monde
la caresse des vents
qui nous portent plus loin
que nous ne l’espérions.

Alain BOUDET

(Quelques un ( e ) s – Éditions Henry)

Les arbres
Au bord des chemins
Parlent des saisons
Ils parlent à mi-voix
Pour laisser dormir
Les fleurs de novembre
Mais leur haleine
Encore chaude de l’été
Fait monter
Des rideaux de brume
Entre les branches nues. 

Michel LAUTRU

(Si la graine parle encore - Éditions Soc&Foc)

Je rêve que les mots
grandissent dans les champs
qu’il existe des fleurs
à plusieurs syllabes
des plantes sauvages
auxquelles ne manque
que la parole

ls sont assis
là-bas
dans leur enfance
comme des jardins interdits de printemps

Loin des vieux livres de grammaire,
Écoutez comment un beau soir,
Ma mère m'enseigna les mystères
Du verbe être et du verbe avoir. 

Raharimanana,

La terre n’est pas malade ce sont les hommes
précieux effleurements creusements oubliés

Après plusieurs semaines
De soleil sans grumeaux
Comme une pâte à cicatriser l’attente 

La mer est une guitare qui pleure
L’histoire des hommes
À même les brisants
Elle remue son chant foudroyé

La lune sacre les songes
Ils ont place parmi nous
merveille que salue le ciel étoilé
tels des enfants à qui manquerait
le sérieux des vieillards

L’éclat nocturne
délivre l’espace

J’entends l’éloge des saisons
l’hymne des roses

La nature fut pour moi un refuge sans faille ni césure. En elle s’opérait un accord extatique. C’est à peine si j’entendais le râle qu’elle m’arrachait.

"Les obsessions du langage,
comme toutes les obsessions,
nous visitent de nuit.
Parfois c'est éveillés,
mais presque toujours endormis.

Nous n’aimons pas assez la joie
De voir les belles choses neuves
Ô mon amie hâte-toi
Crains qu’un jour un train ne t’émeuve
Plus…

LA SPLENDEUR EST TELLE

La splendeur est telle, ce matin,
Dans le jardin, que mes chevilles
Foulant l’herbe,